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Yémen: combats meurtriers à Hodeida, Washington, Paris et Londres haussent le ton

Hodeida (Yémen) (AFP) Lundi 12 Novembre 2018

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Des forces progouvernementales yéménites circulant le 10 novembre 2018 à la lisière Est de la ville de Hodeida dans le cadre d'une offensive qui s'intensifie pour reprendre cette ville portuaire aux rebelles Houthis (AFP-STRINGER)

Des combats meurtriers ont encore fait rage lundi dans la ville portuaire de Hodeida, dans l'ouest du Yémen, alors que l'ONU et des puissances occidentales ont accentué la pression sur les belligérants pour que les hostilités cessent rapidement.

Interrogé sur la possibilité d'un cessez-le-feu, le porte-parole de la coalition antirebelles, le colonel saoudien Turki al-Maliki, a déclaré à la presse que l'opération se poursuivait. Elle vise notamment à "mettre plus de pression" sur les rebelles Houthis pour qu'ils viennent à la table de négociations, a-t-il dit.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a lui mis en garde contre les conséquences "catastrophiques" d'une éventuelle destruction du port de Hodeida, point d'entrée de plus des trois-quarts des importations et de l'aide humanitaire internationale, dans un pays menacé par la famine.

Selon une habitante, les combats à Hodeida ont baissé d'intensité en fin de journée. Au préalable, au moins 111 rebelles, 32 loyalistes et sept civils avaient été tués au cours des dernières 24 heures dans les affrontements, dont certains se sont déroulés dans des quartiers résidentiels de Hodeida, selon des sources militaires progouvernementales et hospitalières.

Ce bilan avait été donné alors que les rebelles Houthis, soutenus par l'Iran, opposaient une farouche résistance à la progression des forces progouvernementales appuyées par l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, a admis une source militaire loyaliste.

Une source de la coalition antirebelles a indiqué que les Houthis avaient repoussé une tentative d'avancée loyaliste en direction du port, situé au nord de la ville, et qu'ils réussissaient ailleurs à ralentir des progressions adverses.

Dans une déclaration envoyée via l'application Telegram, les Houthis ont affirmé avoir "attiré" et piégé des loyalistes dans le sud-ouest de Hodeida, qui ont avancé avant d'être attaqués par des rebelles.

La coalition sous commandement saoudien a de son côté visé les rebelles avec de multiples frappes aériennes, selon des sources militaires loyalistes.

Dans la nuit, des corps carbonisés ont été amenés à l'hôpital militaire Al-Alfi, contrôlé par les rebelles, ont indiqué des sources de cet établissement.

Au pouvoir à Hodeida, ville stratégique sur la mer Rouge, les Houthis ont commencé à évacuer leurs blessés vers la capitale Sanaa, dont ils sont maîtres également depuis quatre ans.

- Les Occidentaux au créneau -

Combats à Hodeida (AFP-Laurence SAUBADU)

L'offensive des forces progouvernementales sur Hodeida avait été lancée en juin, mais elle s'est nettement intensifiée depuis le 1er novembre avec un bilan d'au moins 594 morts jusqu'ici dans la région (461 rebelles, 125 loyalistes et 8 civils), selon des sources militaires loyalistes et des médecins.

Déjà vivement critiquée pour des "bavures" à répétition ayant fait des centaines de victimes civiles lors de frappes aériennes au Yémen, l'Arabie saoudite a été considérablement affaiblie par l'affaire Jamal Khashoggi, du nom de ce journaliste tué le 2 octobre au consulat saoudien à Istanbul.

Tour à tour, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et ses homologues britannique Jeremy Hunt et français Jean-Yves Le Drian ont souligné que le temps de la négociation était venu.

Lors d'un entretien dimanche avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, également ministre de la Défense, M. Pompeo a explicitement appelé à "la fin des hostilités", demandant que "toutes les parties viennent à la table pour négocier une solution pacifique au conflit".

L'administration américaine de Donald Trump, visiblement sous la pression du Congrès, a confirmé l'annonce samedi par Ryad que la coalition sous commandement saoudien au Yémen allait désormais effectuer elle-même le ravitaillement en vol de ses avions, assuré jusqu'ici par les Etats-Unis.

Un médecin yéménite ausculte un nourrisson souffant de malnutrition dans la région de Abs, dans le nord-ouest du Yémen, le 11 novembre 2018 (AFP-ESSA AHMED)

De son côté, avant de débuter une mini-tournée régionale, M. Hunt a évoqué le coût humain "incalculable" du conflit yéménite.

- "Arrêter les frais" -

Le ministre britannique, qui a été reçu lundi par le roi d'Arabie saoudite, s'est dit favorable à une "nouvelle action" au Conseil de sécurité pour soutenir les efforts du médiateur de l'ONU au Yémen, Martin Griffiths, qui cherche à organiser un nouveau round de négociations "d'ici la fin de l'année".

"Il faut que la communauté internationale dise ça suffit", a déclaré pour sa part le Français Jean-Yves Le Drian, ajoutant: "Il n'y aura pas de vainqueur dans cette guerre. Donc, il faut arrêter les frais".

A Hodeida, les Houthis disent utiliser des pièces d'artillerie. Ils ont aussi positionné des snipers sur les toits des bâtiments et posé de nombreuses mines. Ils ont en outre bloqué des rues avec de grands conteneurs et des sacs de sable, selon un correspondant de l'AFP.

Des avions de combat et des hélicoptères d'attaque de la coalition sous commandement saoudien ont pilonné régulièrement les positions rebelles, suscitant de vives inquiétudes pour des dizaines de milliers de civils piégés en ville.

Paradoxe de la situation, le port de Hodeida est resté jusque-là "ouvert" et opère "normalement", selon son directeur-adjoint, Yahya Sharafeddine.

De son côté, Hervé Verhoosel, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM), a indiqué que les combats n'avaient pas affecté jusqu'à présent ses opérations.

Le Yémen est le théâtre de la pire crise humanitaire au monde, rappelle régulièrement l'ONU, qui précise que 14 millions de civils sont en situation de pré-famine.

Depuis 2015, les combats ont fait quelque 10.000 morts, majoritairement des civils, et plus de 56.000 blessés, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais des responsables humanitaires estiment que le bilan réel des victimes est bien plus élevé.

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